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Découvrez la surprenante histoire de la voyance

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Envie d’en savoir un peu plus sur la voyance ? Quand est-ce que l’art divinatoire a vu le jour ? Qui est à l’origine de cette culture ? De nombreuses interrogations qui intriguent beaucoup de personnes en ce moment. Nos experts ont décrypté à travers ce présent article tout ce qu’il faut savoir sur la surprenante histoire de la voyance.

Parcours d’une voyante de renom

En 1786, Marie Anne Lenormand, 14 ans, s’enfuit de l’école du couvent où elle a été élevée. Elle se rend seule à Paris, où elle apprend l’art de la cartomancie, c’est-à-dire la divination à l’aide d’un jeu de cartes. Elle travaille pendant 40 ans comme cartomancienne et diseuse de bonne aventure. D’ailleurs, elle a conseillé Joséphine de Beauharnais (épouse de Napoléon), Robespierre, Marat et d’autres personnages importants sur leurs destins.

Trente ans plus tard, alors que Lenormand a 44 ans, elle rencontre une jeune Frances, Lady Shelley, une mondaine, aristocrate, et amie du Duc de Wellington. Les deux se rencontrent dans le luxueux boudoir de Lenormand. Mais, comme Shelley le raconte dans son journal, elle est bientôt attirée dans le cabinet d’étude de Lenormand pour faire lire sa fortune.

Lenormand lui demande :

  • sa date de naissance,
  • puis la première lettre de son nom,
  • la première lettre de son lieu de naissance,
  • puis son animal préféré,
  • sa couleur et son numéro.

« Après environ un quart d’heure de cette comédie, pendant lequel elle avait disposé toutes les cartes en ordre sur la table, elle a examiné ma tête« , écrit Shelley. « Soudain, elle commence, dans une sorte de prose mesurée, et avec une grande rapidité et une articulation distincte, à décrire mon caractère et ma vie passée. Elle était si précise et réussit, jusque dans les moindres détails, que j’étais sous le charme de la manière dont elle avait découvert tout ce qu’elle savait. »

Pourquoi une voyante était très célèbre durant le XVIII e siècle ?

Ce qui a fait la richesse de Lenormand dans la France du dix-huitième siècle est la cartomancie et des jeux de hasard des piliers de la société humaine pendant plus de six millénaires. Parfois la possibilité proposée par le voyant est, en fait, parfaitement exacte.

Souvent, ce qui est prédit se produit. De même que, le billet de loterie peut être gagnant ou bien il est possible de battre toutes les probabilités. Les jeux de hasard pointent vers la bonne valeur juste assez souvent pour que nous restions intrigués. Ce faisant, ils ont servi d’outils sociaux et politiques en jouant sur certaines de plus grandes aspirations.

À la mort de Lenormand, à l’âge de 71 ans, son neveu, un fervent catholique. Il hérite de ses biens et de son important capital, estimé à 500 000 francs. Il empoche l’argent et brûle toutes les cartes, les cristaux et l’attirail de voyance, selon Michael Dummett, ancien professeur de logique à Oxford. Ce dernier a co-écrit un livre sur le sujet. Pourtant, l’héritage de Lenormand persiste, notamment par le biais des cartes Lenormand, un jeu de tarot modifié couramment utilisé par les voyants contemporains.

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Les cartes de tarot

Que faut-il savoir concernant les cartes de tarot ?

Les cartes de tarot, avec leur amalgame de mythologies anciennes et de croyances païennes, peuvent être un pont vers le catholicisme lui-même. Comme le neveu de Lenormand, la plupart des catholiques de la région méprisaient les jeux de hasard. Ces cartes représentaient l’inconnaissabilité dans un monde supposé tout connaître, un monde dans lequel Dieu tire les ficelles.

Dans la Consolation de la philosophie, Boèce présente un personnage appelé Dame Philosophie qui explique que le « hasard » est « un mot vide… quelle place peut avoir les événements aléatoires puisque Dieu maintient toutes les choses en ordre« .

De même, dans le « Conte du Chevalier » de Chaucer, le premier des Contes de Canterbury, Thésée rappelle à ses sujets, après une série de malheurs, que « le Premier Moteur de la Cause Première » détermine tous les résultats conformément à un plan global. Il s’agit de cette même notion que Voltaire satirise plus tard dans Candide.

Selon Voltaire, l’homme sage se rend compte qu’un revers de fortune ne fait pas partie d’un plan divin. Mais qu’il s’agit plutôt d’une sorte d’horrible coïncidence de devenir riche à 20 ans. D’ailleurs, cette situation peut parfois s’abattre sur quelqu’un, sans qu’aucun souhait ou conseil d’êtres divins ne soit émis.

Cartomancie et religion

En offrant une alternative à l’omniscience de Dieu, la cartomancie menace la légitimité de la religion. La prescience était le domaine exclusif de Dieu, et les prétentions de quiconque. Les cartomanciens ou diseurs de bonne aventure, par exemple étaient une menace.

Mais il y a une ironie aiguë à trouver dans les similitudes entre les appareils de voyance et le catholicisme lui-même.

  • Les cartes de tarot, avec leur amalgame de mythologies anciennes et de croyances païennes, peuvent être considérées comme un pont vers le catholicisme.
  • Les saints patrons et les icônes du catholicisme, qui ont chacun des caractéristiques, des occupations et des symboles bien définis, reflètent les personnages du tarot.

Par exemple, dans la foi catholique, il y a l’Archange Gabriel.

  • Son symbole : archange.
  • Son patronage : les travailleurs des télécommunications et les collectionneurs de timbres.
  • Ses attributs : il porte une trompette. Il est vêtu de blanc et de bleu.

Des cartes de voyance

Dans les jeux de tarot standard, il y a la Grande Prêtresse.

  • Son symbole : La Sainte Mère l’Église.
  • Son patronage : un lien avec le subconscient.
  • Ses attributs : elle porte une tiare papale et est vêtue de blanc et de bleu.

Ce que l’on retient de l’histoire de la cartomancie

Ce qui est peut-être le plus marquant dans l’histoire de la cartomancie est la manière dont elle réifie et subvertit l’économie capitaliste. Sa subversion est évidente si l’on pense au scandale idéologique qui s’ensuivrait si l’on avait la capacité de prédire le résultat de la loterie. Il s’agit d’une caractéristique de la plupart des sociétés capitalistes.

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L’éthique capitaliste de la maîtrise de soi est sapée par la possibilité que la chance mène au succès sans travail proportionnel. Par conséquent, les jeux de hasard ont tendance à être mis de côté dans les sociétés capitalistes, considérés comme les passe-temps des pauvres et des paresseux.

« Patience, et mélangez les cartes« , écrit Cervantès dans Don Quichotte. Cette notion sert de base au mythe américain de la réussite personnelle. Il faut travailler pour réussir, mais en même temps, tout le monde peut y arriver. Le mythe américain du self-made-man crée donc une double contrainte.

Cependant, on peut aussi avoir de la chance. Par conséquent, les personnes occupant une position socio-économique inférieure peuvent penser qu’elles ont encore la possibilité de s’élever grâce à la chance. Tandis que les personnes occupant une position socio-économique supérieure pensent qu’elles méritent leur succès grâce à leur supposé travail acharné.

C’est à travers les jeux de hasard qu’apparaît la notion de « grande chance« . Il s’agit d’une idée qui a été fondamentale pour diffuser les frustrations socio-économiques pendant des siècles, observée pour la première fois par Louis Hartz dans The Liberal Tradition in America.

Dans les centaines d’histoires et de contes de fées européens des XVIIe et XVIIIe siècles, racontés pour la première fois par les classes inférieures, on constate que les paysans ne cherchent jamais à modifier le système royal qui les opprime. La fin heureuse survient plutôt lorsque le paysan lui-même devient roi grâce à une série d’événements fortuits.

En d’autres termes, l’apparition de « grands coups« , même s’ils sont rares, suffit pour que les masses se satisfassent d’un système social injuste. Elles s’efforcent d’être au sommet de la société actuelle, plutôt que de chercher à la supprimer complètement.

Comment se porte le marché des jeux de hasard et de la voyance ?

Ce qui s’avère plus difficile à justifier pour les élites sociales sont les jeux de hasard qui sont fondamentaux pour leur propre succès. Le marché boursier moderne est l’exemple par excellence.

  • Comment une société capitaliste fait-elle pour que jouer à la bourse ressemble à un travail, de sorte que les gains élevés qui en découlent souvent semblent provenir d’un travail proportionnel ?
  • Comment les nantis nettoient leurs gains, en surmontant la tare du hasard par l’apparence du travail, conférant ainsi une légitimité morale à leur position de pouvoir ?

La solution de l’élite a été de déguiser le marché boursier en un lieu de probabilités et d’algorithmes complexes plutôt que ce qu’il est fondamentalement. Cela s’appelle la chance. En effet, c’est la chance relookée en travail moralement vertueux.

Si les loteries et les jeux de hasard ont souvent été un moyen pour l’élite de soutirer de l’argent aux masses les moins informées sans les contrarier (un impôt régressif déguisé, comme l’a souligné le sociologue Roberto Garvia). Dans certaines circonstances, les loteries sont également utilisées comme un outil politique. En effet, il s’agit d’un avantage pour les personnes politiquement utiles.

Bien que les loteries en Europe remontent au XVIe siècle. C’est plus tard, en 1694, qu’un « engouement pour la loterie » balaye l’Europe, selon Roger Pearson, historien français à Oxford. Cet engouement suit un schéma familier. En effet, la possibilité démocratique se mêle à la réalité aristocratique. Ceux qui ont déjà accès au capital et aux relations politiques ont nettement plus de chances de gagner.

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Art de la cartomancie

Curieusement, c’est Voltaire qui constate que, pour diverses raisons, le prix dans chaque arrondissement parisien était supérieur au coût total de tous ses billets de loterie. En achetant autant d’obligations que possible à la mairie de Paris, il était possible de gagner aux paris sportifs ou à la loterie avec une quasi-certitude. De même qu’il pouvait s’en sortir avec plus d’argent qu’il n’en avait investi.

Dans son commentaire historique autobiographique des œuvres de l’auteur de La Henriade, Voltaire écrit : « Les autorités délivraient des billets en échange d’obligations de l’Hôtel de Ville, et les lots gagnants étaient payés en espèces et tout cela de telle sorte que tout groupe de personnes qui avait acheté tous les billets était susceptible de gagner un million de francs. »

Mais ce n’est pas seulement son astuce qui a aidé Voltaire dans ses « infâmes loteries et spéculations de marché« , comme le mentionne l’historien W. Johnson dans « Voltaire après 300 ans« . Ce sont aussi ses relations.

Comme l’a souligné Pearson : « Il est clair que [Voltaire] avait une sorte d’entente avec les notaires désignés pour vendre les billets, et il semble qu’il n’ait pas eu à payer le prix total des billets, tant il était certain que lui et ses associés – et peut-être les notaires qui vendaient les billets – participaient à l’action de gagner. »

Voltaire a donc exploité ses relations politiques et a probablement soudoyé les notaires. Il s’agit de deux groupes de personnes qui étaient sûrement plus disposées à travailler avec lui étant donné sa renommée. Cela l’a ainsi permis de gagner ce qui s’est finalement élevé à environ 7,5 millions de francs. Il s’agit d’une somme exorbitante qui lui a permis de ne jamais travailler, d’acheter des châteaux et de vivre généralement comme un roi.

Il est difficile de sous-estimer à quel point il y avait deux poids deux mesures dans les jeux de hasard :

  • Les pauvres qui s’adonnent à des jeux de hasard sont méprisés,
  • tandis que les personnes connues voient les jeux de hasard tournés intentionnellement à leur avantage.

Conclusion

Mais, en définitive, qu’est-ce que le hasard ? Quel est cet élément imprévisible, inconnaissable qui a séduit Frances, Lady Shelley, Marat, Robespierre, et les autres mécènes de Lenormand ?

Le principe d’incertitude d’Heisenberg déclare que « Tout dans le monde semble coïncider par n’importe quelle méthode d’observation courante, puisque toute loi ou principe n’est exprimé que de façon probabiliste. Personne ne peut dire si une chose a une inévitabilité absolue. » En ce sens, une voyance est simplement l’exposition d’une des nombreuses possibilités, plutôt que la vérité absolue. Elle n’est donc jamais vraiment fausse. De même qu’elle affecte les principes fondamentaux de la société comme la religion ou l’économie. En effet, elle n’est jamais absolument correcte que par hasard.