Avec la crise de Covid-19, le prix du pétrole chute. Etat des lieux, analyse et anticipation de l’évolution du prix de l’or noir.

ÉTAT D’AVANCEMENT DE L’ÉVOLUTION DES PRIX DU PÉTROLE

Depuis l’émergence du coronavirus et les mesures de confinement adoptées par divers pays, la demande de pétrole a fortement chuté, entraînant la chute des prix du pétrole brut. Cette baisse des prix du pétrole a été accentuée par la guerre des prix entre l’Arabie saoudite et la Russie, suite à l’échec des pourparlers de l’OPEP +. Cela a été suivi d’une guerre des mots, ponctuée d’espoirs de parvenir à un accord, mais aussi de craintes que le monde ne soit inondé de pétrole bon marché.

Malgré l’aboutissement des discussions entre les pays producteurs, qui sont parvenus à s’entendre sur une réduction de la production de 9,7 millions de barils dans une première phase, la baisse du pétrole s’est poursuivie. Enfin, le 20 avril 2020, le prix du contrat à terme WTI de mai est tombé sous zéro, en territoire négatif, pour approcher -40 $. Lors de la séance qui a suivi ce lundi noir pour le marché pétrolier, ce fut au tour du contrat à terme du WTI de juin de baisser fortement à 6,40 $, avant de remonter quelque peu en fin de séance.

Cependant, le contrat WTI de juin, qui, contrairement au contrat de mai lors du fort retrait qui l’a ramené sous zéro, n’expire pas de sitôt. Il aurait donc dû bénéficier de plus de liquidité que le précédent contrat du premier mois (avec l’échéance la plus proche, le 21 avril pour le contrat à terme WTI de mai). Cette baisse en dessous de 10 $ est due aux difficultés rencontrées par l’USO (United States Oil Fund), l’un des plus grands fonds pétroliers des États-Unis, lors du passage d’une échéance à l’autre (l’USO détenait 25% des contrats à terme WTI arrivant à échéance en juin ).

QUELLES CONSÉQUENCES POUVONS-NOUS ATTENDRE DE CETTE AUTOMNE DANS LE PRIX D’UN BARIL D’HUILE?

Instinctivement, un prix du baril bas semble être bénéfique à tous points de vue, en particulier du point de vue du consommateur. Cependant, la réalité est bien différente, car cette baisse des prix du pétrole brut n’est pas sans conséquences, parfois dramatiques, pour certains pays producteurs comme le Venezuela ou l’Algérie.

Une autre conséquence n’est pas du goût de tous: l’impact sur l’industrie du pétrole de schiste aux États-Unis. En effet, la technique d’extraction de ces plates-formes pétrolières est coûteuse et ne pouvait se justifier économiquement avec un baril de moins de 45 $. Avec un prix du pétrole inférieur à 30 $, 95% des activités pétrolières de schiste aux États-Unis ne sont pas rentables, avec un point mort médian de 42 $ à 45 $.
À 30 $ le baril, environ 95% de l’industrie du pétrole de schiste aux États-Unis n’est pas rentable.

D’autres sites d’extraction de schiste ont un point mort beaucoup plus bas, comme Oman ou Dubaï, avec un point mort moyen de 16,55 $. Le seuil de rentabilité moyen pour le pétrole de schiste aux États-Unis est de 16,55 $. Le point mort moyen du pétrole de schiste aux États-Unis est de 16,55 $.

Ainsi, l’industrie du pétrole de schiste aux États-Unis, réputée robuste, est actuellement endettée et peut ne pas être en mesure de résister à ce qui semble être une sélection naturelle dans le secteur pétrolier.

QUELS FACTEURS INFLUENCENT LES PRIX DU PÉTROLE?
Comme toute matière première, le pétrole est soumis à l’interaction entre l’offre et la demande. Un approvisionnement déficitaire entraîne une pression à la hausse sur les prix. En revanche, une offre excédentaire fait chuter les prix du pétrole brut. Ce principe explique les différentes actions entreprises par l’OPEP depuis sa création en 1960, dans le but initial de gérer les droits de concession, mais aussi et surtout aujourd’hui dans le but de mettre en place des actions coordonnées pour intervenir sur l’offre et réguler les prix du marché pétrolier.

Le rôle de l’or noir dans le développement de nos économies et les revenus colossaux liés à son exploitation en font une matière première très sensible aux tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, mais plus largement dans tous les domaines disposant de cette ressource, à condition peut être exploitée à un coût raisonnable.

La concurrence des nouvelles énergies peut également influencer les prix du pétrole brut, mais étant donné les niveaux de prix auxquels le pétrole fait actuellement face, ce facteur peut être exclu. Enfin, le niveau des stocks de pétrole brut est également un catalyseur pour ce marché et un excellent indicateur de l’état de l’offre et de la demande à court terme. Ce sont précisément les niveaux des stocks de pétrole en Oklahoma, Cushing, qui reflètent parfaitement la situation sans précédent que nous avons vue: des prix du pétrole inférieurs à zéro pour la première fois depuis la création du marché à terme du pétrole.

À Cushing, les producteurs ont fini par payer les acheteurs de pétrole pour libérer de l’espace de stockage pour une extraction continue. Il ne faut pas oublier que l’arrêt de la production est très coûteux, il est donc préférable que ces producteurs paient les acheteurs, car les coûts de maintenance sont colossaux. D’autres alternatives ont fait surface et le stockage offshore dans des pétroliers se développe désormais, avec des capacités de stockage allant jusqu’à 2 millions de barils pour les supertankers.

DEVRIEZ-VOUS INVESTIR DANS LE PÉTROLE?
Le réflexe de tout investisseur rationnel face au prix d’une marchandise approchant de 0, serait de se faire une place le plus rapidement possible sur ce marché qui ne peut être sous-évalué qu’à court terme. Cependant, malgré le caractère exceptionnel de la variation négative des prix du pétrole, nous avons pu à nouveau constater une situation similaire à l’approche de la maturité d’un contrat à terme. En effet, la demande ne se rétablira pas aussi rapidement qu’elle a baissé, et investir dans un tel marché nécessite la capacité technique d’identifier la zone de consolidation qui servira de point de départ à une reprise durable des prix du pétrole brut.

Une fois la consolidation terminée, la construction d’une première étape haussière sera le point de départ de la nouvelle tendance et devrait s’accompagner d’un assouplissement des stocks de pétrole brut, voire d’une escalade des tensions géopolitiques au Moyen-Orient. La traversée des différents retracements de Fibonacci sera l’occasion de renforcer les positions longues, comme le retracement de Fibonacci de 23,6% au seuil psychologique de 20 $, ou le retracement de Fibonacci de 50% à 35,27 $, qui représentera un obstacle majeur à la réduction de l’écart résultant de la l’échec des pourparlers fin février, qui est resté béant depuis lors.

Enfin, à la lumière des éléments actuels, il serait irréaliste de chercher à combler totalement cet écart, et les prix du pétrole pourraient trouver un nouvel équilibre non loin du seuil psychologique à 40 $.